RSS

Archives de Tag: sens

Entre sens et non sens

L’écriture contient en elle l’infini impensable de la pensée au-delà d’elle-même – c’est l’être en possession/dépossession (angoisse/repos) de ce qui l’excède, l’être hors de soi. Mais cet “hors-de-soi”, naturellement, ne prend de valeur qu’en relation avec l’être même. Il serait sinon une chose morte et vaine : hors du sens, et non inscrit dans cette dualité sens/non-sens qui marque notre condition.

S’il fallait donner un “sens” à la littérature, un sens à l’acte insensé d’écrire, c’est dans l’expression de cet excès de l’être, dans l’exploration de ce lieu d’angoisse où se noue la parole, qu’il faudrait le chercher.

A l’instar de la parole jaillie, l’écriture est essentiellement liée au souffle, à l’inspiration/expiration, à cette alternance de présence et d’absence d’air qui agit comme se présentent à nous l’absence et la présence du monde, dans le chaos et l’incohérence de leur succession angoissante/apaisante. Présence de l’air/du monde traduite en mots : matière de texte comme une matière d’existence – mouvement même de la pensée entre sens et non-sens.

Entre inspiration et expiration, entre présence et absence (au monde), entre sens et non-sens, c’est dans la dualité paradoxale (fusionnelle/oppositionnelle) de ces contraires indissociablement liés au sein d’un lieu de tension permanente que se cherche et s’exprime, se meut et se perd l’écriture de l’impossible.

Mais quelle écriture, précisément ?

L’écriture philosophique, évidemment, moins que toute autre. Mise tout entière au service de la pensée et de sa cohérence, et ainsi soumise à la raison de son savoir, l’écriture de la philosophie est une écriture essentiellement instrumentalisée, réduite au rôle de véhicule de la pensée conceptuelle et de la signification. Les “vérités” qu’elle révèle se perdent aussitôt dans le réel qu’elle ne peut atteindre.

Le philosophe plie, bride et borne l’écriture aux seuls besoins de sa pensée et à la cohérence de son discours. C’est encore Sartre, dans son fameux et si discutable Qu’est-ce que la littérature ?, qui donne le mieux cette conception de l’écriture pour le philosophe : “La prose est utilitaire par essence ; je définirais volontiers le prosateur comme un homme qui se sert des mots” ( ce contre quoi réagit Bataille : “La chute dans l’utilité, par honte de soi-même, quand la divine liberté, l’inutile, apporte la mauvaise conscience, est le début d’une désertion. Le champ est laissé libre aux arlequins de la propagande.” ) ; et plus loin : “L’art de la prose s’exerce sur le discours, sa matière est naturellement signifiante : c’est-à-dire que les mots ne sont pas d’abord des objets, mais des désignations d’objets. Il ne s’agit pas d’abord de savoir s’ils plaisent ou déplaisent en eux-mêmes, mais s’ils indiquent correctement une certaine chose du monde ou une certaine notion.”

Une telle écriture, vouée aux constructions conceptuelles, au signifiant, est, on le voit, entièrement tournée du côté du possible. Or l’écriture de l’impossible, l’”art de la prose” tout simplement se noue à partir de mots – mais de mots non lisibles séparément et en dehors de l’écriture qui les assemble – qui, au-delà du fait qu’ils “plaisent” ou “déplaisent” (ce qui est loin d’être secondaire), dans le même temps qu’ils sont “désignations d’objets”, bouleversent et transforment infiniment ce qu’ils indiquent du fait même de leur mise en situation dans une écriture donnée, troublant ainsi leur signification apparente en ouvrant simultanément à celle-ci un abîme insondable au sein même de cette signification qu’ils élargissent à l’infini. Ainsi la prose, lorsqu’elle est art (et a fortiori l’écriture de l’impossible), cesse-t-elle d’être “utilitaire” : elle n’indique rien de façon univoque et ne peut “indiquer correctement” une certaine chose ou une certaine notion.

Tout entière du côté du sens, l’écriture philosophique, en laissant hors de son champ le manque d’être au coeur de l’être, ne peut ouvrir à l’impossible. Elle borne ses investigations aux terrains défrichés du sens – là précisément où l’écriture vraie commence : “au bord des limites” où le sens se décompose.

La véritable écriture, faut-il le répéter, ne saurait être en service, elle n’est donc au service de rien – pas même au service du pensable. C’est dans cette aventure de l’au-delà du sens, dans cette zone de liberté absolue de la parole, là où la pensée insensée passe ce que la pensée pense, que surgit l’écriture. Son lieu véritable est celui d’un abîme impensable – et son enjeu, dès lors, en tout point, excède dans son essence même le savoir philosophique et sa prétention à dominer, à maîtriser par la pensée cet abîme entrouvert au sein de la parole.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le novembre 6, 2010 dans May aime la lecture

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Alger….Mosquée et Religion


Il est de plus en plus difficile aujourd’hui d’échapper au débat sur   l’islam.

Islam ..ennemi utile…qui en douterait encore aujourd’hui. Mais ce n’est pas le sujet de mon billet ce soir , cependant.

En occident , les affaires de burqa succèdent à celles des minarets qui suivent la question de la mixité dans les piscines, en parallèle avec ceux de la naturalisation quand ce n’est pas les mariages prétendument forcés.

En orient, plus précisément le Maghreb et l’Algérie pour ne pas la nommer, le voile qui fleurit dans les rues danse  avec la barbe qui pousse , apparait.

Ici et là , des signes clairs d’un retour à la religion , expression que je préfère à une prétendue renaissance de l’islam, ne laissent aucun doute sur les motivations des personnes, leurs intentions..quoique…diront les mauvaises langues.

Le moine porte l’habit du moine. Nous voilà contents.

Mais nous n’en resterons pas là.

Des mosquée sont construites à vocation d’instruire et d’éduquer dans l’islam , se suppléant à la famille qui ne peut tout faire à elle seule..nous voilà plus que rassurés, conquis.

Ici et là , même en occident, il semblerait que l’apogée d’être musulman, du vivre l’islam serait une maison, un travail, une famille, une mosquée ou une medersa.

Je vous serais reconnaissante d’infirmer ou de confirmer.

Mais alors pour quoi , moi même je ne me sens pas concernée par ce projet, satisfaite , épanouie même si ce n’est que en rêve , par l’idée.

Cela fait un  moment maintenant que j0ecume les forums musulamns à la recherche d’une ralité de terrain concernant l’islam et les musulmans.

Cela fait un moment que j’essaie de comprendre , de savoir si je suis bien la seule qui en pensant islam, pense ..civilisation..et non pratique cultuelle.

Ici et là , je vois des hommes et des femmes dont le summum de leur ambition pour l’islam est le confort matériel, une relative satisfaction de la vie sur terre dans l’attente de l’au delà.

Est-il bien vrai que le musulman doive sacrifier sa vie ici bas pour mériter l’autre?

Ne peut-il les ( bien ) vivre toute les deux

Souffrir pour être belle ..puis souffrir pour aller au paradis

Au masculin..peut-on me donner le pendant, l’équivalent?

Il est évident et indéniable que la situation des musulmans de par la monde n’a jamais été aussi difficile, précaire, douloureuse.

Mais si on ne peut que rêver, penser , réfléchir, concevoir , imaginer..ne peut-on rêver l’islam en termes de civilisation , en termes de prospérité, d’essor, d’architecture, de relations sociales, de famille, de…

Oui , nous somme technologiquement dépendant ..je ne parle même pas du politique.

Mais si on rêvait de faire ..seulement ce qu’il nous est possible de faire ..avec notre seule matière grise..,nos doigts sur un clavier ..notre foi…ne pourrais t-on coucher sur le papier…un projet de civilsiation , de société musulmane…ne serait ce qu’en théorie..qu’en utopie….au lieu de jouer aux apprenti salafs…insultant les khalafs…

Croyez vous ..vraiment …réellement…à  la possibilité viable de cette civilisation musulmane moderne et prospère…ou bien est ce que cela fait partie de ces choses de l’invisible qu’il mous est demandée de croire sans comprendre et sans savoir, en vertu du Coran?

Partir à partir de l’idée de cité vertueuse d’ibnou Roshd à l’age de gloire de l’Andalousie…est-ce si dur? Est ce si vain?

Ne pouvons nous faire en offrande à Allah si ce n’est une réalité  qui Lui appartient…un projet ….qui nous appartient?

Parodions un entretien d’embauche par exemple:

Si on vous donnait les moyens de vivre votre foi comme vous l’enseigne le Coran , si on vous donnait les outils pour bâtir votre  cité, pays (voire nation), si vous aviez accès aux meilleurs enseignements et postes de travail, si vos besoins primaires et élémentaires étaient comblés , si l’usure était abolie, si le vent soufflait en faveur de l’islam….quel est alors le monde que vous créeriez…et /ou dans lequel vous souhaiteriez  vivre?

Quelle finalité pour l’islam..sur cette terre..en attendant le messie ra…?

Vos plus beaux rêves et riches contributions sont les bienvenus.

 
 

Étiquettes : , , , , , , , , , , ,