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Archives de Tag: lecture

Confession d’un dyslexique

M’en serais-je douté, la première fois que j’ai touché un livre ? Ai-je pensé qu’ils m’accompagneraient, eux et leur contenu pour des contrées inexplorées pendant ces longs moments mélancoliques ?

Me suis-je interrogé, enfant, sur mon amour inconditionnel pour ces caractères classiques? Pour ces mots qui m’attirent et m’enivrent aussi certainement qu’une drogue. Pour ces trésors qu’abrite mon cœur. Ces mots poussiéreux que j’aime tout autant que j’aime une femme.

 Aujourd’hui, j’ai une pensée pour tous ces mots. Ces mots martyrisés, mais qu’on continue d’utiliser. Ces mots diminués qui poursuivent leur rôle. Ces mots que je n’aimerai jamais assez. Ces mots que j’ai si souvent soumis au fouet.

Dans leur robe fuligineuse, ils sont l’essence de l’écriture. Ils m’ont appris à créer un monde de papier. Un univers chaotique fait de lignes enchevêtrées, de termes désuets, de folies incarnées dans un terme oublié.
  J’aime les mots comme j’aime une femme. J’aime leur sens et leur son. J’aime leur habit et leur identité. Le leur ai-je dit quand je les blessais ? Le leur ai-je murmuré quand la morsure de mon Bic leur ôtait une part de vie ? Quand une lettre était substituée à l’autre. Quand l’encre stoppait sa course trop tôt…
 Faquin, bibus, asphalte, stryge… autant de mots chers à mon cœur pour leurs saveurs, leur sens, leur vie. J’aime les mots comme j’aime une femme. Les aligner et danser avec eux sur un air de valse. Les étreindre sur une feuille, leur raconter joies et peine.
 Les mots sont nos trésors. Ceux des pauvres hères fatigués d’errer sur cette terre, apportant à chacun le réconfort dont il a besoin, interprétant dans des lignes le sentiment qui leur permet de se lever le lendemain. Ils sont nos royaumes et notre paradis. Les perles de nos vies. Ils offrent cette chaleur qui brûle éternellement, cette tendresse qui adoucit nos cœurs, ces résolutions qui affermissent notre volonté.

Les mots sont des miracles, et j’espère qu’un jour ils me pardonneront de les molester alors que je prends tant de plaisir à les manier.

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Histoire de May

Voici une modeste animation de 2 minutes 13 secondes qui retrace les principaux moments de l’histoire de mayaime

Aujourd’hui, c’était censé être no blogging day… Mais la tentation de partager avec vous cette petite vidéo est la plus forte

Créée grâce à Google, une histoire, vous aussi vous pouvez en réaliser  une sur le thème de votre choix.

C’est ultra simple et le résultat est sympa, non?

Alors , si vous en créez une, n’hésitez pas à laisser un lien vers la page youtube dans les coms, ou un commentaire ici même sur ce blog

On jettera un coup d’oeil de temps à autres.

 
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Publié par le décembre 14, 2010 dans May a des coups de coeurs

 

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Entre sens et non sens

L’écriture contient en elle l’infini impensable de la pensée au-delà d’elle-même – c’est l’être en possession/dépossession (angoisse/repos) de ce qui l’excède, l’être hors de soi. Mais cet “hors-de-soi”, naturellement, ne prend de valeur qu’en relation avec l’être même. Il serait sinon une chose morte et vaine : hors du sens, et non inscrit dans cette dualité sens/non-sens qui marque notre condition.

S’il fallait donner un “sens” à la littérature, un sens à l’acte insensé d’écrire, c’est dans l’expression de cet excès de l’être, dans l’exploration de ce lieu d’angoisse où se noue la parole, qu’il faudrait le chercher.

A l’instar de la parole jaillie, l’écriture est essentiellement liée au souffle, à l’inspiration/expiration, à cette alternance de présence et d’absence d’air qui agit comme se présentent à nous l’absence et la présence du monde, dans le chaos et l’incohérence de leur succession angoissante/apaisante. Présence de l’air/du monde traduite en mots : matière de texte comme une matière d’existence – mouvement même de la pensée entre sens et non-sens.

Entre inspiration et expiration, entre présence et absence (au monde), entre sens et non-sens, c’est dans la dualité paradoxale (fusionnelle/oppositionnelle) de ces contraires indissociablement liés au sein d’un lieu de tension permanente que se cherche et s’exprime, se meut et se perd l’écriture de l’impossible.

Mais quelle écriture, précisément ?

L’écriture philosophique, évidemment, moins que toute autre. Mise tout entière au service de la pensée et de sa cohérence, et ainsi soumise à la raison de son savoir, l’écriture de la philosophie est une écriture essentiellement instrumentalisée, réduite au rôle de véhicule de la pensée conceptuelle et de la signification. Les “vérités” qu’elle révèle se perdent aussitôt dans le réel qu’elle ne peut atteindre.

Le philosophe plie, bride et borne l’écriture aux seuls besoins de sa pensée et à la cohérence de son discours. C’est encore Sartre, dans son fameux et si discutable Qu’est-ce que la littérature ?, qui donne le mieux cette conception de l’écriture pour le philosophe : “La prose est utilitaire par essence ; je définirais volontiers le prosateur comme un homme qui se sert des mots” ( ce contre quoi réagit Bataille : “La chute dans l’utilité, par honte de soi-même, quand la divine liberté, l’inutile, apporte la mauvaise conscience, est le début d’une désertion. Le champ est laissé libre aux arlequins de la propagande.” ) ; et plus loin : “L’art de la prose s’exerce sur le discours, sa matière est naturellement signifiante : c’est-à-dire que les mots ne sont pas d’abord des objets, mais des désignations d’objets. Il ne s’agit pas d’abord de savoir s’ils plaisent ou déplaisent en eux-mêmes, mais s’ils indiquent correctement une certaine chose du monde ou une certaine notion.”

Une telle écriture, vouée aux constructions conceptuelles, au signifiant, est, on le voit, entièrement tournée du côté du possible. Or l’écriture de l’impossible, l’”art de la prose” tout simplement se noue à partir de mots – mais de mots non lisibles séparément et en dehors de l’écriture qui les assemble – qui, au-delà du fait qu’ils “plaisent” ou “déplaisent” (ce qui est loin d’être secondaire), dans le même temps qu’ils sont “désignations d’objets”, bouleversent et transforment infiniment ce qu’ils indiquent du fait même de leur mise en situation dans une écriture donnée, troublant ainsi leur signification apparente en ouvrant simultanément à celle-ci un abîme insondable au sein même de cette signification qu’ils élargissent à l’infini. Ainsi la prose, lorsqu’elle est art (et a fortiori l’écriture de l’impossible), cesse-t-elle d’être “utilitaire” : elle n’indique rien de façon univoque et ne peut “indiquer correctement” une certaine chose ou une certaine notion.

Tout entière du côté du sens, l’écriture philosophique, en laissant hors de son champ le manque d’être au coeur de l’être, ne peut ouvrir à l’impossible. Elle borne ses investigations aux terrains défrichés du sens – là précisément où l’écriture vraie commence : “au bord des limites” où le sens se décompose.

La véritable écriture, faut-il le répéter, ne saurait être en service, elle n’est donc au service de rien – pas même au service du pensable. C’est dans cette aventure de l’au-delà du sens, dans cette zone de liberté absolue de la parole, là où la pensée insensée passe ce que la pensée pense, que surgit l’écriture. Son lieu véritable est celui d’un abîme impensable – et son enjeu, dès lors, en tout point, excède dans son essence même le savoir philosophique et sa prétention à dominer, à maîtriser par la pensée cet abîme entrouvert au sein de la parole.

 
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Publié par le novembre 6, 2010 dans May aime la lecture

 

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