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Archives de Tag: écrivain

Jean Cocteau

«Combien d’hommes profondément distraits pénétrèrent dans des trompe-l’oeil et ne sont pas revenus.»
[ Jean Cocteau ] – Les enfants terribles

«Un chef-d’oeuvre est une bataille gagnée contre la mort.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait des Secrets de beauté

«La mode, c’est ce qui se démode.»
[ Jean Cocteau ]

«La vérité est trop nue, elle n’excite pas les hommes.»
[ Jean Cocteau ] – Le coq et l’arlequin

«Le temps est élastique. Avec un peu d’adresse on peut avoir l’air d’être toujours dans un endroit et être toujours dans un autre.»
[ Jean Cocteau ] – Les parents terribles

«Les privilèges de la beauté sont immenses. Elle agit même sur ceux qui ne la constatent pas.»
[ Jean Cocteau ] – Les enfants terribles

«Les mauvaises moeurs sont la seule chose que les gens prêtent sans réfléchir.»
[ Jean Cocteau ] – Le grand écart

«Jouer coeur est simple. Il faut en avoir, voilà tout.»
[ Jean Cocteau ] – Lettre à Jacques Maritain

«Un général ne se rend jamais, même à l’évidence.»
[ Jean Cocteau ]

«Qui sait écrire ? C’est se battre avec l’encre pour se faire entendre.»
[ Jean Cocteau ] – La difficulté d’être

«La poésie est un exhibitionnisme qui s’exerce chez les aveugles.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait des Lettres à Milorad

«La lune est le soleil des statues.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait d’ Essai de critique indirecte

«Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort.»
[ Jean Cocteau ] – Opium, journal d’une désintoxication

«Mieux vaut donner à un faux pauvre que refuser son assistance à un vrai.»
[ Jean Cocteau ]

«A force d’aller au fond des choses, on y reste.»
[ Jean Cocteau ]

«Le génie est l’extrême pointe du sens pratique.»
[ Jean Cocteau ] – Opium

«Je voudrais que l’intelligence fût reprise au démon et rendue à Dieu.»
[ Jean Cocteau ]

«Tout ce qui n’est pas cru reste décoratif.»
[ Jean Cocteau ] – Opium

«On se consacre pas à la poésie ; on s’y sacrifie.»
[ Jean Cocteau ]

«Petit à petit, les chats deviennent l’âme de la maison.»
[ Jean Cocteau ]

«Le virtuose ne sert pas la musique ; il s’en sert.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait des Portraits-souvenir

«Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait des Secrets de beauté

«Cent ans après ma mort, je me reposerai, fortune faite.»
[ Jean Cocteau ] – Le rappel à l’ordre

«Plus je vieillis, plus je vois que ce qui ne s’évanouit pas, ce sont les rêves.»
[ Jean Cocteau ]

«Le temps est un phénomène de perspectives.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait du Journal d’un inconnu

«Faire la moitié du travail. Le reste se fera tout seul.»
[ Jean Cocteau ]

«Un académicien, c’est un homme qui, à sa mort, se change en fauteuil.»
[ Jean Cocteau ]

«Le libre arbitre est l’alibi de Dieu.»
[ Jean Cocteau ] – Bacchus

«Le chef d’oeuvre n’est, après tout, qu’un numéro de chien savant sur une terre peu solide.»
[ Jean Cocteau ] – Journal d’un inconnu

«L’oeuvre est une sueur.»
[ Jean Cocteau ] – Le secret professionnel

«Le rêve est la forme sous laquelle toute créature vivante possède le droit au génie, à ses imaginations bizarres, à ses magnifiques extravagances.»
[ Jean Cocteau ] – Extrait du Discours de réception à l’Académie française

«Il est indispensable de se sacrifier quelquefois. C’est l’hygiène de l’âme.»
[ Jean Cocteau ] – Les parents terribles

«L’opium dégage l’esprit. Jamais il ne rend spirituel.»
[ Jean Cocteau ] – Opium

«Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif, et son futur est toujours conditionnel.»
[ Jean Cocteau ]

«Je sais mieux faire l’amitié que l’amour.»
[ Jean Cocteau ]

«La richesse est une aptitude, la pauvreté de même.»
[ Jean Cocteau ] – Les enfants terribles

«Le diable est pur parce qu’il ne peut faire que le mal.»
[ Jean Cocteau ] – La difficulté d’être

«Les poètes parlent une seule langue, même s’ils ne se comprennent pas entre eux.»
[ Jean Cocteau ] – Le chiffre sept

«À force de ne jamais réfléchir, on a un bonheur stupide.»
[ Jean Cocteau ] – Les monstres sacrés

«L’enfance sait ce qu’elle veut. Elle veut sortir de l’enfance.»
[ Jean Cocteau ] – La difficulté d’être

 

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Entre sens et non sens

L’écriture contient en elle l’infini impensable de la pensée au-delà d’elle-même – c’est l’être en possession/dépossession (angoisse/repos) de ce qui l’excède, l’être hors de soi. Mais cet “hors-de-soi”, naturellement, ne prend de valeur qu’en relation avec l’être même. Il serait sinon une chose morte et vaine : hors du sens, et non inscrit dans cette dualité sens/non-sens qui marque notre condition.

S’il fallait donner un “sens” à la littérature, un sens à l’acte insensé d’écrire, c’est dans l’expression de cet excès de l’être, dans l’exploration de ce lieu d’angoisse où se noue la parole, qu’il faudrait le chercher.

A l’instar de la parole jaillie, l’écriture est essentiellement liée au souffle, à l’inspiration/expiration, à cette alternance de présence et d’absence d’air qui agit comme se présentent à nous l’absence et la présence du monde, dans le chaos et l’incohérence de leur succession angoissante/apaisante. Présence de l’air/du monde traduite en mots : matière de texte comme une matière d’existence – mouvement même de la pensée entre sens et non-sens.

Entre inspiration et expiration, entre présence et absence (au monde), entre sens et non-sens, c’est dans la dualité paradoxale (fusionnelle/oppositionnelle) de ces contraires indissociablement liés au sein d’un lieu de tension permanente que se cherche et s’exprime, se meut et se perd l’écriture de l’impossible.

Mais quelle écriture, précisément ?

L’écriture philosophique, évidemment, moins que toute autre. Mise tout entière au service de la pensée et de sa cohérence, et ainsi soumise à la raison de son savoir, l’écriture de la philosophie est une écriture essentiellement instrumentalisée, réduite au rôle de véhicule de la pensée conceptuelle et de la signification. Les “vérités” qu’elle révèle se perdent aussitôt dans le réel qu’elle ne peut atteindre.

Le philosophe plie, bride et borne l’écriture aux seuls besoins de sa pensée et à la cohérence de son discours. C’est encore Sartre, dans son fameux et si discutable Qu’est-ce que la littérature ?, qui donne le mieux cette conception de l’écriture pour le philosophe : “La prose est utilitaire par essence ; je définirais volontiers le prosateur comme un homme qui se sert des mots” ( ce contre quoi réagit Bataille : “La chute dans l’utilité, par honte de soi-même, quand la divine liberté, l’inutile, apporte la mauvaise conscience, est le début d’une désertion. Le champ est laissé libre aux arlequins de la propagande.” ) ; et plus loin : “L’art de la prose s’exerce sur le discours, sa matière est naturellement signifiante : c’est-à-dire que les mots ne sont pas d’abord des objets, mais des désignations d’objets. Il ne s’agit pas d’abord de savoir s’ils plaisent ou déplaisent en eux-mêmes, mais s’ils indiquent correctement une certaine chose du monde ou une certaine notion.”

Une telle écriture, vouée aux constructions conceptuelles, au signifiant, est, on le voit, entièrement tournée du côté du possible. Or l’écriture de l’impossible, l’”art de la prose” tout simplement se noue à partir de mots – mais de mots non lisibles séparément et en dehors de l’écriture qui les assemble – qui, au-delà du fait qu’ils “plaisent” ou “déplaisent” (ce qui est loin d’être secondaire), dans le même temps qu’ils sont “désignations d’objets”, bouleversent et transforment infiniment ce qu’ils indiquent du fait même de leur mise en situation dans une écriture donnée, troublant ainsi leur signification apparente en ouvrant simultanément à celle-ci un abîme insondable au sein même de cette signification qu’ils élargissent à l’infini. Ainsi la prose, lorsqu’elle est art (et a fortiori l’écriture de l’impossible), cesse-t-elle d’être “utilitaire” : elle n’indique rien de façon univoque et ne peut “indiquer correctement” une certaine chose ou une certaine notion.

Tout entière du côté du sens, l’écriture philosophique, en laissant hors de son champ le manque d’être au coeur de l’être, ne peut ouvrir à l’impossible. Elle borne ses investigations aux terrains défrichés du sens – là précisément où l’écriture vraie commence : “au bord des limites” où le sens se décompose.

La véritable écriture, faut-il le répéter, ne saurait être en service, elle n’est donc au service de rien – pas même au service du pensable. C’est dans cette aventure de l’au-delà du sens, dans cette zone de liberté absolue de la parole, là où la pensée insensée passe ce que la pensée pense, que surgit l’écriture. Son lieu véritable est celui d’un abîme impensable – et son enjeu, dès lors, en tout point, excède dans son essence même le savoir philosophique et sa prétention à dominer, à maîtriser par la pensée cet abîme entrouvert au sein de la parole.

 
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Publié par le novembre 6, 2010 dans May aime la lecture

 

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