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Archives Mensuelles: juillet 2011

Confession d’un dyslexique

M’en serais-je douté, la première fois que j’ai touché un livre ? Ai-je pensé qu’ils m’accompagneraient, eux et leur contenu pour des contrées inexplorées pendant ces longs moments mélancoliques ?

Me suis-je interrogé, enfant, sur mon amour inconditionnel pour ces caractères classiques? Pour ces mots qui m’attirent et m’enivrent aussi certainement qu’une drogue. Pour ces trésors qu’abrite mon cœur. Ces mots poussiéreux que j’aime tout autant que j’aime une femme.

 Aujourd’hui, j’ai une pensée pour tous ces mots. Ces mots martyrisés, mais qu’on continue d’utiliser. Ces mots diminués qui poursuivent leur rôle. Ces mots que je n’aimerai jamais assez. Ces mots que j’ai si souvent soumis au fouet.

Dans leur robe fuligineuse, ils sont l’essence de l’écriture. Ils m’ont appris à créer un monde de papier. Un univers chaotique fait de lignes enchevêtrées, de termes désuets, de folies incarnées dans un terme oublié.
  J’aime les mots comme j’aime une femme. J’aime leur sens et leur son. J’aime leur habit et leur identité. Le leur ai-je dit quand je les blessais ? Le leur ai-je murmuré quand la morsure de mon Bic leur ôtait une part de vie ? Quand une lettre était substituée à l’autre. Quand l’encre stoppait sa course trop tôt…
 Faquin, bibus, asphalte, stryge… autant de mots chers à mon cœur pour leurs saveurs, leur sens, leur vie. J’aime les mots comme j’aime une femme. Les aligner et danser avec eux sur un air de valse. Les étreindre sur une feuille, leur raconter joies et peine.
 Les mots sont nos trésors. Ceux des pauvres hères fatigués d’errer sur cette terre, apportant à chacun le réconfort dont il a besoin, interprétant dans des lignes le sentiment qui leur permet de se lever le lendemain. Ils sont nos royaumes et notre paradis. Les perles de nos vies. Ils offrent cette chaleur qui brûle éternellement, cette tendresse qui adoucit nos cœurs, ces résolutions qui affermissent notre volonté.

Les mots sont des miracles, et j’espère qu’un jour ils me pardonneront de les molester alors que je prends tant de plaisir à les manier.

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L’humanité n’est jamais atteinte mais se conquiert toujours

Qu’est-ce qui caractérise l’homme entre tout ? Qu’est-ce qui fait que l’humain n’a rien de comparable avec tout le reste ? Jean Pic de la Mirandole, philosophie italien du XVème siècle, nous donne une explication dans son Discours sur la dignité de l’homme :

« Le parfait artisan décida finalement qu’à celui à qui il ne pouvait rien donner en propre serait commun tout ce qui avait été le propre de chaque créature. Il prit donc l’homme, cette œuvre à l’image indistincte, et l’ayant placé au milieu du monde, il lui parla ainsi : « Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. »

Ainsi, l’homme se distingue dans le monde par sa faculté à produire ce qu’il lui est possible de faire. La possibilité appartient à l’être humain, contrairement à la nécessité qui est une exclusivité animale. La bête fera ce qui lui a été donné de faire ; l’homme décidera ce qu’il veut faire, parce qu’il est un généraliste, et non un spécialiste comme le sont les espèces animales. Jean Pic de la Mirandole reprend l’idée du mythe prométhéen. Compte tenu de sa nudité originelle, l’être humain ne peut survivre que dans la liberté. De là découle une éthique, comme le propose Pic de la Mirandole :

« Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur. Tu pourras dégénérer en des formes inférieures, comme celle des bêtes, ou régénéré, atteindre les formes supérieures qui sont divines. »

Avec la liberté, l’homme est le seul être capable de s’élever, d’être plus que ce qu’il était à sa naissance, d’évoluer son existence durant. Mais étant par nature libre, l’élévation ne lui est pas donnée. L’homme peut inversement devenir moins que ce qu’il était. L’humanité ainsi n’est pas un aboutissement ; elle n’est jamais atteinte mais se conquiert toujours.

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Publié par le juillet 27, 2011 dans May aime la philosophie

 

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L’e-réputation mérite réflexion

L’e-réputation est aujourd’hui un sujet galvaudé, qui se trouve toujours au centre des questions que se posent les entreprises, dans la définition de leurs stratégies online. Les consultants, spécialistes, et autres experts des réseaux sociaux développent tout un argumentaire sur l’image que l’on doit donner sur Internet, et sur la façon d’y parvenir.
Pourquoi autant d’analyses, autant d’infographies, autant d’outils consacrés à ce sujet ?
L’e-réputation, question existentielle
C’est sans doute que la question de l’e-réputation est une question existentielle, au sens propre. C’est-à-dire une question d’existence. Nicole Aubert, professeur à l’ESCP, et Claudine Haroche, directrice de recherche au CNRS, sociologue et anthropologue (*), ne s’y trompent pas, dans leur ouvrage Les Tyrannies de la visibilité, Être visible pour exister ? aux éditions Erès.
Dans un article paru dans Le Monde du lundi 21 février, voilà ce qu’elles soulignent, à ce propos :
“[Aujourd’hui], il faut rendre visible l’activité de chacun sous peine qu’elle ne soit pas prise en compte. L’individu est considéré, jugé, à travers la quantité de signes qu’il produit et il est incité à en présenter de façon incessante”.
Selon ces deux spécialistes, l’injonction “je suis vu donc je suis”, a de réelles conséquences, notamment sur ce que l’on décide de cacher, de garder pour soi. “L’espace intérieur, la part de soi-même la plus profonde ne se donne pas à voir. En acceptant d’être réduits à ce que nous offrons au regard, que devient cette intimité de soi qu’on appelait le for intérieur ?”, écrivent-elles. Et d’ajouter : “On peut se demander si la possibilité de conserver un espace intérieur ne constituera pas bientôt un enjeu civilisationnel majeur”.
Faut-il être visible pour exister ou, comme je le soutenais dans un précédent post (“Je me fais suivre, sur Twitter”) exister pour être mieux suivi, accepté, apprécié (“suis-moi, car je suis moi”) ? L’un ne va pas sans l’autre, sans doute. La visibilité est bien peu de choses si l’on ne donne rien à voir.
Reste que si l’on expose son intimité au regard des autres, celle-ci devient une “extimité”, pour reprendre l’expression du psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron.
Le retour de l’honneur
Mais il faut s’arrêter un peu plus sur la notion même de réputation. Si j’ouvre un dictionnaire, je tombe d’abord sur l’étymologie du mot : en latin, reputatio signifie – littéralement – “évaluation”. Il s’agit donc bien d’être “considéré, jugé” comme l’écrit Claudine Haroche.
La définition du mot, qui arrive ensuite, précise les choses : la réputation, c’est “le fait d’être honorablement connu du point de vue moral”. Il s’agit donc non seulement d’une question d’existence, mais aussi d’une question d’honneur.

“Il est plus facile de s’arranger avec sa mauvaise conscience qu’avec sa mauvaise réputation”. Nietzsche

L’honneur avait une place considérable dans notre société, aux siècles précédents. Laver son honneur, cela signifiait quelque chose. Surtout lorsqu’on le lavait dans le sang.
Je ne peux m’empêcher de faire le rapport avec la situation actuelle. Il ne s’agit plus de laver son honneur, aujourd’hui, mais de nettoyer sa réputation en ligne. On est dans le même champ lexical, même si c’est légèrement moins violent désormais.
Toujours est-il qu’une réputation se fait, se défait, mais qu’il en reste quelque chose. C’est un élément fondamental, qu’il faut prendre en considération. Ce qui se passe sur Internet demeure pour le moment inscrit dans le marbre virtuel.
Une mauvaise réputation peut sérieusement nuire à un homme. A fortiori à une entreprise. D’où l’importance du personal branding, cher à Fadhila Brahimi.

“Au village, sans prétention, j’ai mauvaise réputation, qu’je m’démène ou qu’je reste coi, je passe pour un je-ne-sais-quoi”. Brassens

Les médias sociaux sont un champ d’honneur. Chacun y bataille pour défendre une partie de lui-même. Nombreux sont ceux qui croisent le fer. Nicolas Bordas organisera bientôt sur son blog des joutes d’internautes. L’honneur revient donc au centre.
De l’e-réputation à l’e-répudiation
Dans l’absolu, mal gérer sa réputation peut être préjudiciable. Effet de rejet, de rupture, de bannissement. En un mot, e-répudiation.
On se souvient de Jessi Leonhardt, une Américaine de 11 ans, qui est devenue en quelques jours le bouc émissaire de centaines d’internautes, payant au prix fort une forme d’arrogance qui ressortait des vidéos qu’elle postait d’elle-même sur Internet.
Comment conclure ce billet ? Peut-être en rappelant la phrase de Shakespeare : “La réputation est un préjugé vain et fallacieux : souvent gagnée sans mérite, et perdue sans justice« .
(*) spéciale dédicace à Michelle

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