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Poésie, exil spirituel

17 Nov

La poésie, une initiation au silence. Tel a été le titre d’un
travail entrepris, il y a quelques années déjà. À l’époque,
j’ai essayé de montrer comment la poésie, à travers les oeuvres
de Hugo, de Rimbaud et de Bonnefoy, est essentiellement spirituelle.
Qu’entre la poésie et le divin, il y a communauté de
destin. Tantôt voie privilégiée de la quête d’un absolu dont
seul le verbe poétique semble traduire la tension et la profondeur,
tantôt r e l i g i o elle-même et réceptacle d’une nouvelle
transcendance depuis ce qu’il est convenu d’appeler la fin du
sacré dans la pensée occidentale, la poésie se présente donc
comme la mémoire de ce qui constitue l’essentiel humain ou,
comme le dit Bonnefoy : « la mémoire de l’Un 1». Saint-John
Perse est allé plus loin en affirmant que « de l’existence poétique,
exigence spirituelle, sont nées les religions elles-mêmes,
et par la grâce poétique, l’étincelle du divin vit à jamais dans le
silex humain 2».
Quête de la source, de la liaison primordiale avec le divin,
recherche de la réminiscence de l’objet de plénitude, la poésie
est en ce sens proprement une initiation, mais dont la première
étape et la plus fondamentale est de creuser l’espace, le lieu de
sa réception. L’initiation poétique est donc paradoxalement
une initiation à l’absence de parole, à son exil, au silence.
Ainsi, l’élan poétique vers l’horizon de la plénitude n’est en
d é finitive rien d’autre que le cheminement qu’emprunte le
langage vers sa disparition afin que se lève sur la scène de
« Poésie, exil spirituel », dans Poésie terre d’exil.

Si, à l’instar du philosophe qui apprend à mourir, le poète
est celui qui, s’arrachant de sa condition de maître du verbe,
apprend à se taire, la poésie n’est-elle pas, en amont du silence,
une ascèse, une sorte d’exil ? L’initiation au silence n’est-elle
pas également un chemin d’exil vers le désert qui, derrière la
dune des pesanteurs du monde, promet l’oasis, au-delà, dans la
fulgurance d’une vision éphémère ? Mais de quelle sorte d’exil
p a r l o n s – n o u s ? S’agit-il du simple exil du sens que la langue,
quand bien même poétique, se résigne à ne pouvoir traduire ?
Ou de celui, plus profond, plus grave, de la Présence, de son
legs de principes et de l’incarnation de ces derniers au coeur du
v é c u ? Qu’entend-on en fait par exil spirituel ? Nous nous
demanderons enfin sur un ton quelque peu plus critique : comment
l’exil peut-il être, au-delà de l’arrachement et du silence
fertile, un moyen d’action sur le monde, un instrument de
résistance contre l’injustice ?

 

Salah Basalamah

http://www.google.ch/search?q=po%C3%A9sie+spirituelle&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a

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3 Commentaires

Publié par le novembre 17, 2010 dans May a des coups de coeurs, May aime la poésie

 

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3 réponses à “Poésie, exil spirituel

  1. lelsadenoch

    novembre 21, 2010 at 4:45

    Quel magnifique article pour ceux qui aiment les mots! Merci pour ton partage. Me suis abonnée, tes articles sont intéressants ! à bientôt!

     
  2. Yano

    novembre 22, 2010 at 7:47

    Je suis également tombée sous le charme de cet article que j’ai publié aussitôt.
    Ravie de ton appréciation qui m’honore.
    @Bientot!

     
  3. jean paul galibert

    avril 22, 2011 at 10:40

    initiation au silence
    voilà exactement
    ce dont je rêve…

     

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