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La Souffrance

23 Oct

« Personne n’aime ce qu’il supporte, bien qu’il aime à supporter. On a beau se réjouir de supporter, on préfèrerait ne rien avoir à supporter. »

SAINT AUGUSTIN, Les Confessions.

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GRILLE DE LECTURE

La souffrance est une constante interrogation pour l’homme qui vit tranquille au milieu des siens. Il arrive des jours où tout semble s’écrouler autour de lui. Comme l’étranger camusien, l’homme ressent les limites de sa propre durée, rien ne semble justifier sa présence terrestre. « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis… » (Baudelaire), l’homme se demande si la vie vaut la peine d’être vécue, tant elle ressemble à une corvée interminable. Personne n’aime souffrir. Personne ne désire les peines et les tracas auxquels il est confronté. Rester homme, supporter patiemment l’adversité, faire contre mauvaise fortune bon cœur, ce n’est guère aimer la souffrance. Il n’est pas question d’aimer la souffrance, mais de la supporter en attendant des lendemains qui chantent. Dans les grandes épreuves, certains peuvent choisir d’arborer une mine agréable ou de les vivre joyeusement comme un signe de la providence. C’est peut-être ce qui fait dire à saint Augustin que personne n’aime ce qu’il supporte (puisqu’il la sup-porte), bien qu’il aime à supporter. On a beau se réjouir de supporter, on préfèrerait ne rien avoir à supporter. Les exemples ne manquent pas dans la vie ordinaire.

Voici un exemple tragique : le parent qui a donné tout ce qu’il a pour financer les études de son fils qu’on lui ramène mort par noyade à la piscine, fera le deuil de la perte de son fils, sans pour autant cesser de vivre. S’il choisit de rester au-dessus de la mêlée et de continuer à créer les conditions de son bonheur, cela ne suffit pas pour affirmer qu’il aime le malheur. Il n’est pas résigné certes, mais il supporte l’infortune à défaut d’y pouvoir quelque chose. Saint Augustin montre que dans l’effort qu’il fait de tout prendre avec égalité d’âme, il y a l’amour de l’attente patiente. Le parent éploré peut tout au plus aimer vivre dans une nouvelle expectative. Jamais, cette acceptation stoïque des événements ne doit apparaître comme l’amour des souffrances de la vie. Car selon notre auteur, personne n’aime supporter le mal. On peut seulement se réjouir de supporter. Même dans l’adversité, l’homme aspire toujours au bonheur comme il redoute l’adversité dans le bonheur. La vie est un théâtre fait de joies et de malheurs ; elle est remplie d’alternatives de grandes fortunes et de profonds désarrois. Entre adversité et bonheur, la vie ressemble à une corvée. Dans cet entre-deux, la souffrance vient comme pour dire à l’homme que les joies des prospérités du monde se corrompent.

Emmanuel AVONYO, op

 

http://lacademie.wordpress.com/2010/10/22/pensee-du-22-octobre-10/

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Publié par le octobre 23, 2010 dans May aime la philosophie

 

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