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Droit à l’enfant , Droit au bonheur

03 Déc

Question au philosophe: I

Un amie psy m’a dit , il y a de cela quelques années qu’il n’y avait pas de droit à l’enfant.
La vie vous apprend, surtout quand on est de confession musulmane qu’il n’y pas de droit au bonheur, la vie n’étant qu’une suite d’épreuves visant à tester notre foi, nous ne sommes que de passage sur cette terre.
N’ayant pas les moyens humains, matériels, structurels ou conjoncturels pour me poser la question sur d’autres plans, je voudrais avoir votre avis , votre conception sur la plan purement philosophique.
Pas de droit à l’enfant, pas de droit au bonheur, comment peut -on vivre malgré tout une vie qui vaille la peine d’être vécue, sans mysticisme démissionnaire, sans individualisme outrancier, vivre le présent en ayant les pieds sur terre et la tête dans l’au delà avec toute l’humanité dont on est potentiellement capable.

Réponse du philosophe

Bonjour Yano,

Je disais hier que “ce sont des questions bien provocantes pour le philosophe”. Je trouve provocant le fait qu’un psychologie puisse se muer en moraliste, et que l’on puisse interdire à un homme ou à une femme le droit au bonheur et celui d’avoir des enfants. Ce n’est pas le travail du psychologue de prescrire des normes morales, il doit s’occuper de la santé de l’âme et du corps en rapport avec la vie sociale et professionnelle aussi longtemps que cela est de son domaine. Il ne peut conseiller d’arrêter de donner des enfants que lorsque cela affecte la santé psychologique de son patient. La première question que j’avais envie de poser est celle de savoir si ce psychologue était à la fois un chef religieux qui s’occupe de l’accompagnement spirituel de ses patients. Rien n’est moins sûr. Passons.

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“La vie vous apprend, surtout quand on est de confession musulmane qu’il n’y pas de droit au bonheur, la vie n’étant qu’une suite d’épreuves visant à tester notre foi, nous ne sommes que de passage sur cette terre”.

Ma chère, vous voulez savoir ce que le philosophe pense de l’interdiction du droit au bonheur et du droit à l’enfantement. Cela oblige le philosophe à se prononcer sur des coutumes ou règles religieuses qui n’obéissent pas à la même logique de raisonnement. La foi a sa propre logique qui défie parfois la rationalité pure. Vous avez raison de dire que raison et foi sont confessionnellement solidaires. Mais il y a une limite à cette cohabitation. Certaines vérités de foi ne se démontrent pas rationnellement, elles doivent être accueillies et rationnalisées à l’intérieur de la foi, sinon le conflit est imparable. La foi a beau être rationnelle, elle a sa rationnalité propre que la raison philosophique ne connaît pas complètement. L’autonomie de la raison et de la foi interdit que l’un empiète sur le domaine de l’autre.

Mais sans passion, le philosophe peut en dire quelque chose. Sans souci de stigmatisation, la raison peut convoquer des données de foi à son tribunal pour l’obliger à s’expliquer. C’est bien ce que nous allons faire. Le droit au bonheur comprend le droit à avoir une progéniture. Ce sont des lois de la nature. Personne ne peut obliger à avoir des enfants, personne ne peut condamner son frère à chercher le bonheur d’une façon qui lui plairait. Mais personne n’a le droit de l’en interdire. A moins qu’il y ait une législation qui demande de canalyser et planifier les naissances. J’ai déjà appris qu’en Chine, à cause de la surpopulation, la loi demande de ne pas avoir plus d’un enfant. Cela est à vérifier. Mais là, on n’a pas interdit d’avoir des enfants. Avoir une progéniture est indispensable (mais non contraignant) pour péréniser le projet humain sur terre.

Les droits de l’homme sont le produit du siècle des lumières. Le refus de l’obscurantisme a conduit de grands hommes d’Etat et penseurs à se pencher sur la situation de l’homme. C’est en quelque sorte l’aboutissement d’une longue marche qui a commencé depuis le Moyen Age avec Duns Scott, Thomas d’Aquin et autres, qui ont lutté pour une meilleure considération de la personne humaine. L’humanisme moderne a aussi mis l’accent que la considération de l’homme comme une valeur qu’on ne doit pas manipuler pour d’autres fins.

C’est dans ce cadre que s’insère la reconnaissance du droit à la vie, du droit au bonheur civique, du droit à fonder une famille et à être socialement épanoui, en ce sens qu’aucun obstacle extérieur ne devrait être fait à l’épanouissement de chacun. Mais comme toujours, depuis les origines, la vie et le bonheur sont des données sacrées. Au nom du caractère sacrée de la vie, l’on ne doit pas empêcher quelqu’un d’en jouir. Le bonheur est imprescriptible. On ne peut pas demander à quelqu’un d’être heureux pour qu’il le soit. Personne ne peut être obligé à être heureux. De même, on ne peut pas proscrire à quelqu’un le droit de la jouissance de la vie, du bonheur. Le bonheur ne se prescrit pas, le bonheur ne peut pas être aliéné pour quelque raison que ce soit. Le bonheur est la finalité de toute existence humaine. Tous nos combats et toutes nos luttes visent le bonheur. Tous efforts de l’homme convergent vers la possession d’un bien être multiforme : matériel, sprituel, conjugual, professionnel, social… Refuser le bonheur à quelqu’un c’est couvrir la vie du non sens, c’est enlever à la vie son principe et sa finalité.

Je peux donc affirmer sans risque de me tromper que toute prescription religieuse qui interdit à l’homme l’acquisition des biens, la possession privée des biens, la jouissance de la vie, la recherche d’un bonheur existentiel, matériel ou spirituel est contre nature. Cela va contre la nature de l’homme de l’empêcher à accomplir son humanitude, d’avoir accès à tout ce qui lui permettrait de réaliser son humanité. C’est pourquoi, au nom d’un bonheur spirituel eschatologique (d’après la mort), il ne doit pas être refusé à l’homme un bonheur dans le présent. Le bonheur est un tout dont nous nous pouvons pas amputer un terme essentiel, la condition présente. Le refus du bonheur pour des considérations religieuses ou politiques ne peut recevoir aucune justification philosophique. C’est une véritable entorse à l’éthique humaine. C’est une aliénation grave de la liberté de l’homme. Si rien ne peut forcer l’homme à rechercher son bonheur, cela semble aller de soi, au risque de faire son malheur, rien ne peut l’empêcher aussi. Mais quand on raisonne à l’intérieur d’une confrérie religieuse, c’est la logique de la foi qui prime. La foi vient soutenir et suppléer la raison au moment où elle touche à ses limites, à sa cime. C’est la même personne qui philosophe qui croit, mais la raison philosophique ne peut pas épuiser l’objet religieux, au sens où la raison ne peut pas rendre raison de la foi sans reste. Il y a un domaine qui lui échappe.

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Publié par le décembre 3, 2009 dans May aime la philosophie

 

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